Une entreprise peut afficher un carnet de commandes solide et manquer de liquidités au moment de régler les salaires ou les fournisseurs. Le chiffre d’affaires enregistré ne correspond pas toujours aux sommes disponibles : les délais de paiement, les charges fixes et les échéances fiscales créent des décalages. Un prévisionnel de trésorerie à treize semaines aide à rendre ces décalages visibles assez tôt pour agir. Il ne remplace pas le budget annuel, mais le complète avec une lecture rapprochée des encaissements et des décaissements attendus.
Commencez par établir la situation de départ à partir du solde bancaire réellement disponible, en distinguant les comptes concernés et les sommes déjà réservées à des paiements proches. Découpez ensuite les treize semaines à venir en périodes hebdomadaires. Pour chaque période, inscrivez les encaissements probables selon leur date de règlement, et non la date d’émission de la facture. Une facture de 12 000 euros TTC payable à 45 jours ne finance pas les dépenses de la semaine où elle est envoyée. Appuyez-vous sur les échéances contractuelles, les historiques de règlement et les éventuels retards déjà connus.
Recensez les sorties de fonds avec la même précision : salaires et cotisations, loyers, fournisseurs, remboursements d’emprunt, impôts et investissements. Vérifiez les dates d’échéance dans les relevés, les contrats et le calendrier de paiement de l’entreprise. La TVA doit être intégrée selon le régime et le calendrier applicables ; le montant collecté ne constitue pas une trésorerie entièrement disponible. Pour chaque semaine, calculez le solde prévisionnel en ajoutant les encaissements au solde précédent, puis en retranchant les décaissements. Cette méthode fait apparaître le point bas de trésorerie, souvent plus utile pour décider qu’un solde de fin de mois.
Un exemple permet de mesurer l’intérêt de cette lecture. Une PME prévoit 8 000 euros d’encaissement en semaine quatre, sur la base d’une facture client. Si le client annonce un retard de trois semaines, déplacez cette entrée en semaine sept au lieu de conserver une date optimiste. Le point bas peut alors devenir négatif, même si la vente reste certaine. L’entreprise peut contacter le client, négocier un échéancier avec un fournisseur ou décaler une dépense non urgente. Ces décisions doivent être comparées à leur coût et à leurs conséquences : un escompte pour paiement rapide, par exemple, réduit la marge opérationnelle et ne se justifie que si le gain de liquidité le compense.
Le prévisionnel gagne en fiabilité lorsqu’il est actualisé chaque semaine à partir des paiements effectivement reçus et réglés. Notez l’écart entre prévision et réalisé, puis identifiez sa cause : retard client, dépense oubliée, montant estimé trop bas ou échéance déplacée. Un tableau de bord simple peut suivre le solde disponible, les encaissements attendus, les retards clients et le point bas projeté. Ajoutez un scénario prudent, fondé sur des règlements plus tardifs ou des ventes moins rapides, afin d’évaluer le besoin en fonds de roulement et la date à laquelle un financement devient nécessaire.
Un plan de trésorerie utile repose moins sur une précision illusoire que sur des hypothèses explicites, régulièrement confrontées aux faits. Désignez une personne responsable de la mise à jour et fixez un seuil d’alerte adapté aux charges incompressibles de l’entreprise. Lorsque ce seuil est approché, le dirigeant peut examiner les leviers disponibles avant que les paiements ne deviennent urgents. Le prévisionnel devient alors un indicateur de suivi concret, relié aux décisions d’achat, de recouvrement et de financement.